04 avril 2007
Nicolas Sarkozy Ensemble
À trois semaines du premier tour de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a souhaité "lever certains malentendus" lors d'une conférence de presse, lundi, à Paris. Mise au point, tout d'abord, quant à la nature de sa démarche. "Un projet présidentiel, cela ne peut pas et ne doit pas être un catalogue de mesures, a-t-il insisté. Ce qui constitue l'essence d'un projet présidentiel, et au fond sa différence avec un projet législatif, ce sont les valeurs qui le fondent et qui orienteront l'action présidentielle pour les cinq années à venir."
Tel est l'objet du livre qu'il a également présenté lundi, intitulé Ensemble (XO Éditions, 159 pages, 14,90 euros). Dans cet ouvrage, le candidat confirme la réorientation idéologique de son discours, l'ancien porte-parole d'Édouard Balladur chaussant les bottes des partisans d'une "autre politique", quitte à mettre en exergue les contradictions entre ses choix politiques d'hier et les convictions aujourd'hui affichées, notamment dans ses critiques de l'Union européenne.
Mise au point, ensuite, quant à son projet. "J'assume l'intégralité des propositions que j'ai formulées depuis le début de l'année", c'est-à-dire depuis le congrès de l'UMP du 14 janvier dernier, a-t-il affirmé. Une précision utile, étant donné qu'il était devenu difficile sur certains points (laïcité, discrimination positive...) de savoir exactement quelles étaient les propositions du candidat, le président de l'UMP ayant, en un an, changé de position.
C'est notamment le cas sur les institutions, sujet primordial pour les gaullistes. Nicolas Sarkozy a, en effet, renoncé aux révisions constitutionnelles qui auraient abouti, de fait, à l'instauration d'un régime présidentiel à la française. "Je rendrai compte régulièrement de mon action devant les Français et devant le Parlement, se contente-t-il maintenant de dire. Je veux renforcer les pouvoirs du Parlement et l'associer aux nominations les plus importantes." Pour ce faire, Nicolas Sarkozy a indiqué lundi qu'"avant l'été" il désignerait "une commission de révision de la Constitution", et que les "réformes constitutionnelles limitée" nécessaires "seront soumises au Parlement à l'automne".
Mise au point, enfin, sur la nature du document de 16 pages intitulé Mon projet et publié la semaine dernière. Certaines propositions du candidat, notamment les plus libérales sur le bouclier fiscal de 50% ou la réforme de l'ISF, n'y figurent pas. Face aux critiques, Nicolas Sarkozy a souligné qu'il s'agit d'un "document bref" qui "récapitule les grandes mesures" de son projet présidentiel, et que "tout ne pouvait y être dit". Insistant : "Ce n'est pas parce qu'on ne dit pas tout qu'on renonce. Je ne renie donc rien." Tout au moins de ce qu'il a dit depuis janvier.
Laurent de Boissieu
© La Croix, 03/04/2007
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21 février 2007
l'Europe dans la présidentielle
Que proposent les trois principaux candidats issus du OUI sur la question de la Constitution européenne ?
François Bayrou
-> adoption par référendum, en même temps que les élections européennes de 2009, d'un nouveau traité ne reprenant que les dispositions institutionnelles de la Constitution européenne.
Ségolène Royal
-> adoption par référendum (elle ne précise pas quand) d'un nouveau traité ne reprenant que les dispositions institutionnelles de la Constitution européenne.
Nicolas Sarkozy
-> dans un premier temps : adoption immédiate par voie parlementaire d'un "mini-traité" ne reprenant que les dispositions institutionnelles de la Constitution européenne (comme F. Bayrou et S. Royal donc, sauf que c'est par voie parlementaire et non référendaire)
-> dans un second temps : adoption (il ne précise pas si c'est par voie parlementaire ou référendaire), après les élections européennes de 2009, d'une nouvelle Constitution européenne.
Nicolas Sarkozy se démarque donc des deux autres partisans du OUI :
- c'est le seul à vouloir contourner le vote direct du peuple français.
- c'est le seul à envisager, certes dans un second temps, un texte allant au-delà des seules dispositions institutionnelles.
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15 janvier 2007
Que pense vraiment Nicolas Sarkozy ?
Surprise ! Seul candidat, Nicolas Sarkozy a obtenu 100% des suffrages exprimés des adhérents de l'UMP. Mais ne le blâmons pas. Blâmons plutôt ceux qui ont renoncé à présenter leur candidature face à lui...
On peut en revanche légitimement s'interroger, alors que la droite est prompt à dénoncer le manque de convictions de Ségolène Royal, sur la force des convictions de Nicolas Sarkozy. Trois exemples issus de son discours d'entrée en campagne, hier, Porte de Versailles à Paris.
1. Communautarisme et discrimination positive
1. 1. Le 20 novembre 2003, lors de l'émission "100 minutes pour convaincre" sur France 2, Nicolas Sarkozy a mis en avant le concept de discrimination positive fondée sur la religion en parlant de "hauts fonctionnaires musulmans" et de "préfet musulman".
Dans son livre publié en 2004 (La République, les religions, l'espérance, Cerf), la discrimination positive n'est plus fondée sur la religion mais sur l'origine : "Dans une République, les droits des citoyens ne sauraient varier en fonction de l'ancienneté de l'installation. En période de rattrapage, il peut y avoir des aménagements".
Le 13 février 2006, sur RMC, le ministre de l'intérieur répond positivement à la question de savoir s'il convient de "faire apparaître l'origine ethnique des délinquants dans les statistiques de la police". Dans son livre publié en 2006 (Témoignage, XO Éditions), il regrette également que "nos statistiques ne connaissent que deux catégories de personnes : les françaises et les étrangères" et qu'il soit "interdit en France de calculer le nombre de Français d'origine maghrébine, d'origine turque, d'origine chinoise, le nombre de Français noirs". Dans le même ouvrage, Nicolas Sarkozy explique qu'il a voulu appliquer la discrimination positive en souhaitant "la nomination d'un préfet musulman, et, plus tard, de personnes issues de l'immigration ou originaires d'outre-mer pour les préfets à l'égalité des chances dont les postes ont été créés après la crise des banlieues à l'automne 2005".
Dans Le Parisien du 20 octobre 2006, la discrimination positive n'est ainsi plus fondée ni sur la religion ni sur l'origine mais sur la couleur de la peau : "Les administrations sont obligées par la loi d'avoir 6% de leurs collaborateurs avec un handicap. Qu'est-ce que c'est, sinon un quota ? J'aimerais qu'on me dise pourquoi il serait normal de faire de la discrimination positive pour les femmes ou les handicapés, et pourquoi ce serait anormal pour les compatriotes de couleur".
1. 2. Parallèlement, le même Nicolas Sarkozy se contredit :
"La tentation du communautarisme menace d’enfermer chacun dans ses origines, sa religion et sa couleur de peau" (Agen, 22 juin 2006)
"Je refuse le communautarisme qui réduit l'homme à sa seule identité visible" (Paris, 14 janvier 2007)
2. Relations transatlantiques
2. 1. Dans le contexte de sa visite aux États-Unis (entretien dans Le Monde daté du 11 septembre 2006, discours du 12 septembre 2006 à Washington, entretien dans la revue Le Meilleur des Mondes), Nicolas Sarkozy a remis en cause la position de la France au Conseil de sécurité de l'ONU lors de la crise irakienne, en 2003. Le reproche de "la menace de l'utilisation de notre droit de veto" était déjà présente dans le livre publié en 2006 par "Sarkozy l'Américain" (l'expression est du spécialiste des relations internationales Dominique Moïsi).
2. 2. Dans le contexte de sa campagne électorale, le même Nicolas Sarkozy a rendu "hommage à Jacques Chirac, qui a fait honneur à la France quand il s’est opposé à la guerre en Irak, qui était une faute".
3. Institutions
3. 1. Lors de ses vœux à la presse du 12 janvier 2006 puis lors de la convention de l'UMP sur les institutions (5 avril 2006), Nicolas Sarkozy a souhaité une importante révision constitutionnelle afin que ce soit le président de la République, et non plus le premier ministre, qui détermine et conduise la politique de la Nation. Raillant ensuite, à l'occasion des forums de l'UMP, la conception gaulliste de la fonction présidentielle ("le président de la République n'est pas un arbitre au-dessus des partis, qui marche sur les eaux parce qu'il a été élu").
3. 2. Lors de son disours d'entrée en campagne, le même Nicolas Sarkozy tranche la question institutionnelle dans un sens opposé : "Notre démocratie n’a pas besoin d'une nouvelle révolution constitutionnelle. On change trop notre Constitution. Il faut arrêter de dire qu'elle est bonne et proposer tous les trimestres une nouvelle modification.*"
* allusion aux trois révisions constitutionnelles programmées par Jacques Chirac avant l'élection présidentielle
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19 décembre 2006
Nicolas Sarkozy critique l'Europe libérale
En prononçant un « discours pour la France qui souffre », hier soir, à Charleville-Mézières (Ardennes), Nicolas Sarkozy confirme le changement de ton qu’il a adopté depuis son « intervention pour une France plus juste », à Douai, le 27 mars 2006. De quoi satisfaire ceux qui, à l’image de Jean-Louis Borloo ou de Christine Boutin, lui demandaient, au sein même de l’UMP, de mieux tenir compte des idées de la « droite sociale ».
Nicolas Sarkozy, qui s’est déjà beaucoup exprimé lors des dix-huit conventions thématiques de son parti, et dont c’était le sixième grand discours après ceux de Douai (mars), Nîmes (mai), Agen (juin), Marseille (septembre) et Périgueux (novembre), a avancé quatre grandes propositions nouvelles.
Premièrement, instaurer un « système de cautionnement public qui mutualise les risques et qui permette à ceux qui ne peuvent pas apporter de garanties d’accéder au crédit », bref « qui mette tout le monde à égalité devant l’emprunt ». Deuxièmement, poser le principe « que l’allocation-chômage ne puisse pas être inférieure au salaire minimum ». Troisièmement, allant plus loin que le simple remboursement des aides publiques pour les entreprises qui délocalisent, faire en sorte « que les entreprises qui investissent et qui créent des emplois payent moins d’impôts sur les bénéfices que celles qui désinvestissent et qui délocalisent ». Quatrièmement, alors que l’extrême gauche entend « réquisitionner les entreprises qui font des profits et qui licencient », Nicolas Sarkozy veut, lui, « que les allégements de charges soient supprimés pour les entreprises qui font des profits et qui n’augmentent jamais les salaires ».
Pour le reste, le président de l’UMP a repris des idées qu’il a déjà avancées : exonérer les heures supplémentaires de charges sociales et d’impôts, basculer sur une fiscalité écologique une partie des charges qui pèsent sur le travail, créer un contrat de travail unique à droits progressifs, contraindre les chômeurs à ne pas refuser plus de trois emplois correspondant à leurs compétences, assortir tout revenu d’assistance d’une activité d’intérêt général en contrepartie, rendre un certain nombre de droits opposables devant les tribunaux (droit au logement, droit de scolariser son enfant handicapé…), interdire l’emprunt pour les dépenses courantes et ne l’autoriser que pour les dépenses d’investissement, etc.
Nicolas Sarkozy a par ailleurs vanté « la préférence communautaire » et dénoncé « la surévaluation de l’euro », « la religion du libre-échange » ou encore l’interdiction des politiques industrielles et des aides aux entreprises au sein de l’Union européenne. Autant de critiques à l’encontre de la construction européenne qui contredisent tous les choix antérieurs de l’ancien ministre du budget d’Édouard Balladur, du traité de Maastricht au projet de Constitution européenne. Des critiques qui n’appartenaient jusque-là qu’au cercle des partisans d’une « autre politique » (Emmanuel Todd, Jean-Paul Fitoussi, Jean-Luc Greau, Jacques Sapir…). Or, précisément, le président de l’UMP s’est adjoint la plume de l’un d’entre eux, l’ancien commissaire général au Plan Henri Guaino.
Enfin, le candidat à l’élection présidentielle a rendu un hommage appuyé au président sortant. « Grâce au quinquennat de Jacques Chirac, nous avons cessé de capituler face à la délinquance, au déclin industriel, à l’immigration non maîtrisée, à l’endettement public, a affirmé Nicolas Sarkozy. Nous avons cessé de capituler sur le front de la rénovation urbaine, sur celui des politiques de l’emploi, sur celui de la défense. Mais il nous faut aller plus fort et plus loin. Il nous faut plus d’imagination, plus de volonté. Il nous faut passer du renoncement à l’audace ».
Laurent de Boissieu
© La Croix, 19/12/2006
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01 décembre 2006
Réussites et échecs de Nicolas Sarkozy
Entre son adhésion à l’UDR, en 1974, et sa déclaration de candidature à l’élection présidentielle, hier, Nicolas Sarkozy a gravi toutes les marches du militantisme politique. Un parcours marqué par deux réussites et deux échecs.
L’acte fondateur du « sarkozysme » politique est sa prise de la mairie de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), en 1983. À l’époque, il n’a que 28 ans et n’est encore que le protégé d’Achille Peretti, maire de la ville, qui l’a fait entrer de justesse au conseil municipal en 1977, et de Charles Pasqua, cofondateur du RPR. S’il est réélu en bonne place aux élections municipales de mars 1983, Nicolas Sarkozy ne fait pas partie des « Pasqua’s boys » qui conquièrent alors une mairie dans le département : son ami Patrick Balkany (34 ans) à Levallois-Perret, Christian Dupuy (32 ans) à Suresnes, Jean-Jacques Guillet (36 ans) à Sèvres, Patrick Devedjian (38 ans) à Antony.
La mort d’Achille Peretti, le 14 avril 1983, change toutefois la donne politique à Neuilly. Deux hommes briguent sa succession : Louis-Charles Bary pour l’UDF et Charles Pasqua pour le RPR. Opéré d’une hernie le jour du décès du maire, ce dernier a confié à Nicolas Sarkozy le soin de préparer sa candidature. Pourtant, c’est sa propre campagne que mène, auprès des élus de son parti, l’ancien délégué à la jeunesse du RPR, déjà épaulé par Brice Hortefeux. « La candidature de Pasqua ne passait pas, ce sont les conseillers municipaux eux-mêmes qui m’ont conduit à franchir le pas », assura-t-il plus tard. Quoi qu’il en soit, le 29 avril 1983 Nicolas Sarkozy est élu maire de Neuilly. « Il apparaît à Charles que seule l’habileté de Nicolas n’a pas été suffisante pour mener à bien un tel complot », rapportera Jean-François Probst, témoin privilégié de cette trahison (1). Selon cette ancienne éminence grise du RPR, Nicolas Sarkozy aurait bénéficié de la neutralité bienveillante, voire du soutien, de Jacques Chirac. Au même moment, celui-ci s’entiche en effet d’Édouard Balladur et chercher à éloigner Charles Pasqua, qui était devenu son principal bras droit depuis le départ de Marie-France Garaud et Pierre Juillet.
Nicolas Sarkozy restera maire de Neuilly jusqu’en mai 2002, date à laquelle il est nommé au ministère de l’intérieur… et transmet l’écharpe de maire à Louis-Charles Bary. Dans sa biographie de Nicolas Sarkozy (2), Nicolas Domenach raconte une parabole qu’affectionne Nicolas Sarkozy et révélatrice du tempérament qui lui permit d’obtenir ce premier succès politique : « Un petit pêcheur du dimanche pêche son petit poisson dans sa petite rivière. Tout à coup, arrive un énorme poisson. Soit il relève sa canne parce que la bestiole va tout casser ou l’emporter, soit il tente de l’attraper, il saisit sa chance parce qu’elle ne repassera pas avant longtemps. Sinon jamais ».
Toujours saisir sa chance, au risque de l’échec. C’est ce que fera encore Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle de 1995. Dix ans après son élection à la mairie de Neuilly, le « petit Nicolas » est devenu un familier des Chirac et un homme qui compte à droite. Député depuis 1988 et secrétaire général adjoint du RPR chargé des fédérations, il est nommé en 1993 ministre du budget du gouvernement d’Édouard Balladur. Parallèlement, il assure la fonction de porte-parole du gouvernement puis, à partir de janvier 1995, de porte-parole d’Édouard Balladur en tant que candidat à l’élection présidentielle. Avec, en cas de victoire, un poste en ligne de mire : celui de premier ministre. « Préparons-nous, aurait-il confié à cette époque à ses proches. Quand Balladur sera à l’Élysée, il y aura d’autres candidats pour le poste de chef du gouvernement, comme Pasqua. Mais le ministre de l’intérieur est trop vieux. Je suis le mieux placé ». Cette fois, c’est l’échec. Qualifié de « démagogique » par Nicolas Sarkozy, le discours de Jacques Chirac sur la « fracture sociale » fait mouche face au libéralisme tranquille d’Édouard Balladur, dont la candidature ne franchit pas la barrière du premier tour. Première traversée du désert pour l'ambitieux, accusé de trahison par les chiraquiens.
Lorsque, conséquence de la dissolution ratée de l’Assemblée nationale en 1997, les chiraquiens perdent la direction du RPR, Nicolas Sarkozy revient logiquement au premier plan. Nommé secrétaire général, ce « gaulliste libéral » se réclamant d’une « droite décomplexée » forme alors un attelage hétéroclite avec Philippe Séguin, « gaulliste social » pourfendeur de la « dérive droitière » des héritiers du gaullisme et nouveau président du mouvement. Après la démission de ce dernier, le 16 avril 1999, Nicolas Sarkozy devient président par intérim du RPR et tête de liste aux élections européennes, secondé par le « libéral-libertaire » Alain Madelin. Nouvel échec. Pris en tenaille entre la liste UDF de François Bayrou et l’éphémère alliance souverainiste entre Charles Pasqua et Philippe de Villiers, le tandem libéral n’arrive qu’en troisième position (12,82% des suffrages exprimés). Devancé par Charles Pasqua (13,05%), Nicolas Sarkozy écrira en 2001, dans Libre (Robert Laffont), que « dix-sept ans après le combat qui nous avait opposés pour la mairie de Neuilly, il assouvissait ainsi sa volonté de revanche ». Seconde traversée du désert pour celui qui décida de ne pas présenter sa candidature à la présidence du RPR. Jacques Chirac l’en a dissuadé. « J’ai choisi de lui faire confiance », déclare-t-il alors dans une formule ambivalente...
Après le temps des échecs vint celui du succès. Le 16 juillet 2004, Alain Juppé, condamné dans l’affaire des emplois fictifs du RPR, démissionne de la présidence de l’UMP, le nouveau parti chiraquien créé en 2002. Cette fois, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2007, celui qui est redevenu ministre depuis deux ans est bien décidé à s’en emparer. Dans un premier temps, il propose au premier ministre Jean-Pierre Raffarin un ticket à la tête de l’UMP, mais se heurte au véto de l'Élysée. Nicolas Sarkozy décide donc de s’annexer la structure avec ses seuls amis. Finalement, les chiraquiens renonceront à présenter un candidat face au chouchou des militants. Non sans lui tendre un dernier piège. Persuadé que Nicolas Sarkozy ne voudra pas quitter les lambris des ministères, le président de la République juge, le 14 juillet 2004, incompatible la fonction de simple ministre et de président de parti. Erreur de jugement : en novembre 2004, élu à la présidence de l’UMP, le futur candidat à l’élection présidentielle quitte le gouvernement… avant de redevenir ministre dans celui de Dominique de Villepin, en juin 2005.
Deux succès, deux échecs. Reste à savoir ce que 2007 réservera à Nicolas Sarkozy.
Laurent de Boissieu
© La Croix, 01/12/2006
(1) Jean-François Probst, Chirac et dépendances, Ramsay 2002 (réédition 2006)
(2) Nicolas Domenach, Sarkozy au fond des yeux, Éditions Jacob-Duvernet, 2004
17:15 Publié dans > UMP, UDF, Nouveau Centre, élection présidentielle | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : france, politique, présidentielle, ump, nicolas sarkozy, sarkozy
30 novembre 2006
rupture tranquille
Dans sa déclaration de candidature, Nicolas Sarkozy parle de "rupture tranquille".
Un slogan qui rappelle le "changement dans la continuité" de Georges Pompidou en 1969, le "changement sans le risque" de Valéry Giscard d'Estaing en 1974 ou encore la "force tranquille" de François Mitterrand en 1981...
Nou sommes donc loin de la rupture annoncée, avec un grand R...
Mais où est donc passé "notre" Nicolas Sarkozy ? Celui qui se revendiquait d'une "droite décomplexée" contre ceux de ses amis (du reste de moins en moins nombreux) qui "refusent obstinément de se dire de droite" ? Celui qui reprochait à la droite, une fois au pouvoir, de "faire la politique de son adversaire" ? Celui qui voulait "rompre avec un modèle social français dépassé" ?
La réponse se trouve peut-être dans ce que m'ont dit récemment plusieurs conseillers politiques de Nicolas Sarkozy :
1. Rassurer et se défaire d'une "image anxiogène", sur laquelle jouent d'ailleurs les chiraquiens. "La rupture, ça se passe toujours dans le sang", n'avait ainsi pas manqué d'affirmer Dominique de Villepin, le 4 octobre 2005, devant les députés UMP. Nicolas Sarkozy ne pouvait toutefois pas définitivement abandonner la thématique de la rupture, même s'il ne s'agit plus d'une rupture sur le fond mais, comme François Bayrou, d'une rupture sur la forme ("rompre avec une façon de faire de la politique").
2. Le projet législatif de l'UMP "bordant à droite" Nicolas Sarkozy, en tant que candidat à la présidentielle il devrait lancer durant sa campagne des signaux à l'électorat "de gauche" : discrimination positive, droit opposable au logement, droit de vote des étrangers aux élections locales, droit de vote dès 16 ans aux élections locales, par exemple.
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29 novembre 2006
canidature Sarkozy
Le président de l'UMP a choisi d'annoncer demain sa candidature à l'élection présidentielle de 2007 dans un entretien proposé à l'ensemble de la presse quotidienne régionale.
Nicolas Sarkozy s'inspire de Jacques Chirac, qui avait annoncé le 4 novembre 1994 sa candidature à la présidentielle de 1995 dans un entretien au quotidien régional La Voix du Nord.
17:05 Publié dans > UMP, UDF, Nouveau Centre, élection présidentielle | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : france, politique, présidentielle, ump, nicolas sarkozy, sarkozy
16 novembre 2006
Nicolas Sarkozy oscille entre libéralisme et gaullisme social
Depuis six mois, Nicolas Sarkozy a avancé des propositions en contradiction avec un libéralisme économique qu’il a pourtant toujours revendiqué.
Son entourage assure que Nicolas Sarkozy « n’a pas changé ». Et pourtant... Depuis six mois, le président de l’UMP semble troquer son « gaullisme libéral » pour un « gaullisme social », naguère incarné par Philippe Séguin. Au grand dam d’une partie de ses soutiens, de l’ancien premier ministre Édouard Balladur à Hervé Novelli, chef de file du courant le plus libéral de l’UMP, qui ont tous les deux pris la plume pour s’en inquiéter. En cause, notamment : la proposition de Nicolas Sarkozy, dans son discours de Périgueux, le 12 octobre dernier, de rendre opposables devant les tribunaux trois droits sociaux (logement, garde des enfants, dépendance des personnes âgées) afin de « passer des droits virtuels aux droits réels ».
Une idée qui a fait bondir l’ancien président de Démocratie libérale, Alain Madelin. Si certains y ont vu « une tonalité franchement sociale », il estime, lui, « qu’il s’agit de propositions franchement socialistes ». Voilà qui serait paradoxal de la part de Nicolas Sarkozy qui, même à droite, est l’un des rares hommes politiques français à avoir toujours revendiqué son libéralisme économique et mis en avant sa vision d’une « droite décomplexée » rompant avec « la pensée unique social-démocrate ». Contrairement à une grande partie de ses anciens compagnons du RPR qui ont toujours répugné à se dire « de droite » et « libéraux », par tradition gaulliste ou par conviction. « Le libéralisme ce serait aussi désastreux que le communisme », affirmait par exemple l’année dernière encore Jacques Chirac, dans le contexte des débats sur la Constitution européenne.
L’« opposabilité des droits » n’est pas le seul indice d’un changement de ton de Nicolas Sarkozy. Dans son discours d'Agen, le 22 juin 2006, le président de l’UMP a entre autres dénoncé « le franc fort à tout prix qui nous a coûté cher en emplois, en pouvoir d’achat, en déficits et en endettement public ». Dans les années quatre-vingt-dix, Nicolas Sarkozy en était pourtant l’un des plus ardents défenseurs. « La politique du franc fort s’impose clairement, assurait-il en 1992. Ce n’est pas une affaire de majorité parlementaire ou de choix politique ; c’est tout simplement l’intérêt de la France ». De fait, à partir de 1983 et jusqu’à l’adoption de l’euro, les gouvernements de gauche et de droite ont tous suivi cette orientation définie par Alain Minc comme « le cercle de la raison ».
À l’époque, seule une poignée d'hommes politiques, à droite (Philippe Séguin au RPR) ou à gauche (Jean-Pierre Chevènement au PS), dénonçaient cette « pensée unique » et proposaient une « autre politique ». Or ce n’est pas un hasard si Nicolas Sarkozy s’y réfère aujourd’hui dans ses interventions. Depuis six mois, il a en effet recruté Henri Guaino, ancien directeur de campagne de Philippe Séguin lors du référendum sur le traité de Maastricht (1992) puis cheville ouvrière du discours de Jacques Chirac en 1995 sur la « fracture sociale ». Une thématique inspirée par cette fameuse « autre politique » et à l’époque qualifiée de « démagogie » par les balladuriens, Nicolas Sarkozy en tête.
« Sarkozy veut envoyer des messages aux électeurs qui ont voté "non" au référendum sur la Constitution européenne », décrypte un membre de la « commission projet » de l’UMP, tout en reconnaissant que « la patte d’Henri Guaino en inquiète plus d’un ». Commentaire ironique d’un ministre chiraquien : « Un coup libéral, un coup gaulliste : ce sera du zigzag jusqu’au 14 janvier », date du choix par les adhérents du candidat soutenu par l’UMP à la présidentielle. Quoi qu’il en soit, cela permet aussi de ne pas laisser d’espace à ceux qui, au sein du parti (Nicolas Dupont-Aignan) ou au gouvernement (Dominique de Villepin, Michèle Alliot-Marie), veulent relever l’héritage gaulliste face à un Nicolas Sarkozy dénoncé comme « atlantiste », « ultra-libéral » et « communautariste ».
Ce double discours n’est pas sans rappeler la première campagne présidentielle victorieuse de Jacques Chirac, qui joua également sur les deux tableaux avec le soutien à la fois du « libéral libertaire » Alain Madelin et du « gaulliste social » Philippe Séguin. En sourdine, une lutte d’influence se joue d’ailleurs entre les deux principales plumes de Nicolas Sarkozy : d’un côté la « libéral-conservatrice » Emmanuelle Mignon, conseillère au ministre de l’Intérieur et directrice des études de l’UMP ; de l’autre le « national-républicain » Henri Guaino, qui a retrouvé en septembre dernier Philippe Séguin à la Cour des comptes. Rédigée par Guaino, une partie du discours sur la mondialisation prononcé par Nicolas Sarkozy, le 9 novembre, à Saint-Étienne, aurait ainsi été « censurée » car « pas assez libérale » par Claude Guéant, directeur de cabinet du ministre. « Il faut beaucoup de talent pour concilier les contraires… », ironisait le même jour Jean-Louis Debré, président chiraquien de l’Assemblée nationale, dans La Croix.
Une critique qui est à mettre en parallèle avec celle formulée par Nicolas Sarkozy à l’encontre du programme élaboré en 1998 par le RPR, dont Philippe Séguin était alors le président et lui-même le secrétaire général : « Voulant rassembler, le texte recelait de fameuses contradictions idéologiques, écrivait en 2001 l’ancien balladurien dans Libre (Éd. Robert Laffont). Il avait du souffle, mais en plusieurs occasions, notamment sur l’Europe et la place de l’État dans la société, n’échappait pas à certaines incohérences (…) Cette tentative programmatique, à force de concilier l’inconciliable, perdait en force et surtout en lisibilité ».
Laurent de Boissieu avec Solenn de Royer
© La Croix, 16/11/2006
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12 octobre 2006
Sarkozy, les chiraquiens et la présidentielle
Gros titres la semaine dernière sur l'unité au sein de l'UMP. Gros titres cette semaine sur la division au sein de l'UMP.
Mais que s'est-il passé d'une semaine à l'autre ? Rien !
Reflet d'un certain journalisme politique avec des oeillères, qui se focalise uniquement sur les petites phrases d'un jour.
Car, il est bien évident que, cette semaine tout autant que la semaine dernière :
- d'une part les chiraquiens n'ont aucune envie de soutenir Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle et se tiennent donc prêts à soutenir un(e) autre candidat(e) issu du "clan"
- d'autre part Nicolas Sarkozy est, pour l'heure, le candidat incontournable de la majorité à l'élection présidentielle
Dans l'hypothèse où les chiraquiens ne sont pas en mesure de présenter leur propre candidat, reste à savoir si certains d'entre eux - par rancune ou rancoeur ("tout sauf Sarko") ou encore par calcul politique (récupérer le parti en cas d'échec de Sarkozy à la présidentielle, le faire perdre en 2007 pour mieux préparer sa propre candidature en 2012) - ne feront pas le jeu de l'opposition.
Comme Jacques Chirac en 1981. Ou François Mitterrand en 1995.
Une crainte en tout cas présente chez Nicolas Sarkozy, si j'en crois les confidences récentes de l'un des ses proches collaborateurs ("Chirac, Villepin, Alliot-Marie et même Dupont-Aignan ont déjà tout fait et feront tout pour le faire chuter") et d'un ténor sarkozyste de l'UMP ("Jacques Chirac a tué Chaban en 1974, Giscard en 1981, Barre en 1988, Balladur en 1995 : j'attends la cinquième trahison"*).
* phrase inexacte, puisque la seule véritable trahison de Chirac, au sein de sa famille politique, est celle de Chaban-Delmas
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01 octobre 2006
la vraie rupture de Laurent Fabius
"Si j'ai changé ? Oui, je l'assume complètement", a expliqué Laurent Fabius, vendredi dernier, lors de l'université de rentrée du courant Forces militantes pour la démocratie et le socialisme (FMDS).
On peut ne pas être d'accord avec les idées et les choix de Laurent Fabius. Mais il est suffisamment rare qu'un présidentiable reconnaisse avoir changé pour ne pas le souligner. Bien entendu, nul ne peut savoir, au fond, ce que pense réellement Laurent Fabius. Mais voilà une déclaration qui met au moins de la cohérence dans ses propos et son parcours : il y a bien eu, en 2002, une rupture idéologique personnelle.
On aurait pu, par exemple, attendre la même explication de la part de Nicolas Sarkozy lorsqu'il prononça, le 22 juin 2006, à Agen, un discours de rupture avec l'orientation économique et européenne de la France depuis 1983, gouvernements de gauche et de droite confondus. L'ancien balladurien aurait-il subitement été converti par Henri Guaino aux thèses de l'"autre politique" ? Dans une telle hypothèse, on aurait aimé entendre le président de l'UMP dire : "Si j'ai changé ? Oui, je l'assume complètement". Il n'en fut rien.
Peut-être tout simplement parce que, lui, au-delà du discours, il n'avait pas changé...
12:50 Publié dans > PS, PRG | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : France, politique, présidentielle, laurent fabius, nicolas sarkozy, fabius, sarkozy


