15 avril 2008

Le PS tombe le masque

1170098858.jpgLes députés PS ont décidé de s'abstenir sur le projet de loi sur la "modernisation (sic) du marché du travail", qui sera voté solennellement le 29 avril. "Il y a nécessité de respecter l'accord signé par les partenaires sociaux", expliquent-ils.

Que les partenaires sociaux négocient est très bien et souhaitable. Mais les élus de la nation ne sont pas là pour entériner les accords d'une section du peuple français. Ils sont là pour prendre leur responsabilité politique, étant en démocratie les seuls détenteurs légitimes de la souveraineté nationale (Article 3 de la Constitution : "La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice").

 

Sur le fond, par ailleurs, ce texte comporte trois reculs (il s'agit donc plus d'une contre-réforme que d'une réforme !) :

- le "contrat de mission" d'une durée de 18 à 36 mois (à titre expérimental); autant l'idée d'un contrat de mission n'est pas forcément mauvaise, autant la période retenue est démesurément longue.

- le rallongement de la période d'essai des CDI (2X2 mois pour les ouvriers et les employés; 2X3 mois pour les techniciens et agents de maîtrise; 2X4 mois pour les cadres), alors que celle-ci est déjà suffisamment longue pour que certains employeurs se séparent du salarié en question après avoir pompé des idées, un carnet d'adresses, etc. (des exemples dans mon entourage).

- la "rupture conventionnelle" du contrat de travail, c'est-à-dire "d'un commun accord" entre employeur et salarié. Or chacun sait que le salarié n'est pas (sauf exceptions) dans une situation d'égalité pour négocier face à son employeur.

 

Que les libéraux votent une telle loi de libéralisation du marché du travail est logique; que les gaullistes, les chrétiens sociaux ou les socialistes le fassent ou, tout au moins, ne s'y opposent pas, est proprement incompréhensible. Il ne faudra pas ensuite venir pleurer si les électeurs votent pour les partis extrémistes.

16 mars 2008

Bla bla bla

Résumé de la soirée électorale :

- la gauche : "Les Français ont dit non à la politique de droite, et le gouvernement doit en tenir compte en réorientant sa politique".

- la droite : "Les Français nous disent d'aller plus vite et plus loin dans les réformes, et nous allons tenir compte de ce message".

Sans commentaire.

13 mars 2008

Seine-Saint-Denis : rien ne va plus entre le PCF et le PS

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Après avoir présenté au premier tour dans le département de Seine-Saint-Denis des candidats contre sept maires sortants PCF (Saint-Denis, Aubervilliers, La Courneuve, Tremblay-en-France, Bagnolet, Pierrefitte-sur-Seine, Villetaneuse), le PS a maintenu pour le second tour ses candidats dans quatre de ces villes où le candidat socialiste avait pourtant été distancé par le communiste : Aubervilliers (où la liste PCF avait devancé de peu celle du PS), BagnoletLa Courneuve et Saint-Denis. Une entorse au "désistement républicain" qui prévaut en principe à gauche entre les deux tours (à Vitry-sur-Seine, la seule liste en présence au second tour fusionne ainsi celles du PCF et du PS). Les négociations ont achoppé sur la façon de comptabiliser les socialistes dissidents qui avaient participé dès le premier tour aux listes communistes : pour le PCF ils devaient être inclus dans le quota PS, pour le PS sur celui du PCF.
Le PS devrait par ailleurs obtenir, dimanche, la majorité au sein du conseil général de Seine-Saint-Denis, détenu par le PCF depuis les premières élections cantonales, en 1967. Chronologie :
- 2001 : le PCF ne détient plus la majorité absolue
- 2004 : égalité de conseillers généraux PS et PCF (15); le PCF conserve la présidence du conseil général
- 2008 : 11 cantons PCF et apparentés sont renouvelables contre 5 PS-Verts; au premier tour le PS obtient d'emblée 4 élus, tandis que tous les candidats communistes sont en ballotage. La présidence du conseil général devrait en définitive passer du PCF au PS.

07 mars 2008

PS : infliger une défaite nationale à la majorité

Les enjeux du scrutin, parti par parti

7/8 : Le Parti Socialiste PS

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La liste des villes que le PS pourrait prendre ou reprendre à la droite est, a priori, impressionnante : Toulouse (historiquement à droite), Strasbourg (à droite depuis 2001), Reims et Metz où la droite est divisée, Caen (historiquement à droite), Rouen (reprise par la droite en 2001), etc. Voire Marseille, qui, de sondages en sondages, même si le mode de scrutin à deux échelons complexifie les choses, a remplacé Bordeaux dans les objectifs du PS. Symboliquement, la gauche espère en outre mettre sur le tapis des membres du gouvernement, à commencer par les ministres d'ouverture ex-PS Jean-Marie Bockel (Mulhouse) et Éric Besson (Donzère). Objectif : faire de ces élections locales un enjeu national en infligeant une claque à la majorité, comme lors des élections locales de 2004.

Mais, Rue de Solférino, la prudence est de rigueur car des précédents ont montré qu'une vague électorale pouvait vite se transformer en vaguelette. D'autant plus que cette année le PS a innové dans ses alliances. Sur sa gauche, en ouvrant ses listes au parti trotskiste Lutte ouvrière (dans certains secteurs de Marseille, à Clermont-Ferrand, Perpignan, Argenteuil…). Et sur sa droite, en nouant des alliances locales avec le Mouvement démocrate à Montpellier, Grenoble ou encore Dijon. Un des enjeux du PS pour ces élections municipales est, en effet, de tester les alliances avec le centre de François Bayrou. Afin, éventuellement, d'en faire à terme un partenaire de gouvernement en lieu et place du PCF. En Seine-Saint-Denis, le PS a d'ailleurs décidé de mettre fin à l'hégémonie de ce dernier parti, qui n'est plus que l'ombre de lui-même à l'échelon national, en présentant des candidats contre sept maires sortants (Saint-Denis, Aubervilliers, La Courneuve, Tremblay-en-France, Bagnolet, Pierrefitte-sur-Seine, Villetaneuse) et en convoitant la présidence du conseil général. Pour les élections cantonales, justement, la gauche espère conserver une majorité de départements et faire carton plein dans le Sud-Ouest (sauf les Pyrénées-Atlantiques) avec la conquête du Lot-et-Garonne, de la Corrèze (seul département du Limousin à droite) ainsi que des trois départements de droite en Poitou-Charentes (Charente-Maritime, Deux-Sèvres et, éventuelllement, Vienne). Des régions où François Hollande (candidat en Corrèze) et Ségolène Royal (présidente du conseil régional de Poitou-Charentes) sont à la manœuvre.

03 mars 2008

Le MoDem bouscule le jeu traditionnel des alliances

culbuto-chat.gifIl est encore trop tôt pour savoir s'il ne s'agit que d'une révolte ou d'une véritable révolution dans la vie politique française. Quoi qu'il en soit, la "révolution orange" de François Bayrou a déjà bousculé, pour ces élections municipales, le jeu traditionnel des alliances. Après les élections municipales de 1977 et législatives de 1978, la bipolarisation s'était imposée : au moins au tour décisif, les partis de droite (RPR et UDF) et de gauche (PS et PCF) faisaient bloc.

Si, avant le premier tour, des transfuges d'un camp vers l'autre, éventuellement sous le signe de l'ouverture, ont toujours existé, les alliances à géométrie variable nouées à l'occasion de ces élections par le Mouvement démocrate (MoDem) de François Bayrou sont inédites depuis les années 1970. Avant que le PS, sous l'impulsion de François Mitterrand, ne généralise sa stratégie d'union de la gauche, la SFIO balançait en effet dans ses alliances entre le PCF et le centre d'opposition. Même chose, dorénavant, pour le MoDem, qui oscille entre l'UMP et le PS.

Sur les 18 villes de plus de 150 000 habitants, le MoDem participe ainsi aux listes de cinq maires sortants : deux UMP (Alain Juppé à Bordeaux, Antoine Rufenacht au Havre) et trois PS (Hélène Mandroux à Montpellier, Michel Destot à Grenoble et François Rebsamen à Dijon). Tandis qu'à Angers il soutient la liste UMP, et qu'à Nice son candidat, Hervé Caël, conduit une liste avec le Parti radical de gauche et le Mouvement écologiste indépendant. Ailleurs, le parti de François Bayrou part seul à la bataille au premier tour. Dès lors, se posera pour lui la question du maintien (là où la liste obtient plus de 10% des suffrages exprimés) ou de la fusion avec une autre liste (seuil de 5% des suffrages exprimés). Dans ce dernier cas, tout porte à croire qu'il devrait s'agir le plus souvent de la liste de gauche. Les anciens UDF restés au centre droit ayant lancé leur propre parti, le Nouveau Centre, déjà allié sauf rares exceptions (Bordeaux, Caen, Mérignac, Annecy) à l'UMP.

La question de l'alliance avec le PS se pose également pour le PCF, surtout là où les socialistes se sont rapprochés des centristes. Dans une déclaration adoptée le 8 février dernier, le conseil national du PCF "dénonce les manœuvres d'élus socialistes qui, imaginant leur salut du côté du MoDem, contribuent à la dilution des valeurs et des convictions propres à la gauche". Mais un amendement de la gauche du parti excluant "que les communistes participent à des listes incluant le MoDem, d'une manière ou d'une autre" a été repoussé. À Montpellier et Grenoble, les listes conduites par le PS s'étirent donc du PCF au MoDem. Dans plusieurs villes communistes (Saint-Denis, Vitry-sur-Seine, Aubervilliers...) ou anciennement communistes (Le Havre, Nîmes...), le PS et le PCF partent toutefois désunis à la bataille. Tenté par l'alliance avec le centre, le parti de François Hollande a moins le souci de ménager celui qui était, lors des dernières municipales, un de ses partenaires de la gauche plurielle.

Les deux partis ont, en revanche, trouvé un nouveau soutien, Lutte ouvrière, qui a quitté pour la première fois son isolationnisme révolutionnaire. Le parti d'Arlette Laguiller fait cause commune avec le PCF et le PS dans quelques secteurs de Marseille, à Clermont-Ferrand, Perpignan ou Argenteuil. Tandis qu'il s'est allié avec le seul PCF à Toulon, Angers, Saint-Denis, Vitry-sur-Seine, Aubervilliers, etc.

Enfin, les Verts présentent cette année des listes autonomes dans environ un quart des villes de plus de 50 000 habitants, c'est-à-dire un peu plus qu'en 2001. Outre ses places fortes, comme Paris, Montpellier, Lille et Grenoble (allié avec l'extrême gauche "rouge et verte"), Les Verts se compteront cette fois au premier tour à Strasbourg et à Rennes. Autant d'endroits où ils se trouvent dorénavant en concurrence avec le MoDem pour, éventuellement en ce qui concerne les centristes, former avec le PS une majorité municipale.

 

Laurent de Boissieu

© La Croix, 03/03/2008

04 janvier 2008

Ségolène Royal dévoile ses nouvelles ambitions

cf5a90d0aa9dc380185919d448d76cb2.jpgLa bataille pour l'élection présidentielle de 2012 va-t-elle démarrer au sein du PS dès... 2008 ? En faisant un pas de plus vers une candidature au poste de premier secrétaire du parti, dont le congrès est prévu cette année, Ségolène Royal a donné un coup de pied dans la fourmilière. "En cette année je compte aller jusqu'au bout de ce que j'ai entamé au cours de cette campagne présidentielle", a précisé hier, sur France 2, l'ancienne candidate PS à l'élection présidentielle.

"Il faut que nous évitions à tout prix une primaire interminable entre des présidentiables qui s'affronteraient dès maintenant jusqu'en 2012", s'est aussitôt alarmé, sur RMC, Arnaud Montebourg, qui n'exclut pas d'être lui-même candidat à la succession de François Hollande. "Il est prématuré de savoir s'il faut mettre un présidentiable à la tête du parti", a poursuivi l'ancien porte-parole de la candidate, qui redoute "des affrontements un peu à la façon du congrès de Rennes". "L'annonce de la ronde des présidentiables n'est pas inattendue mais vraiment malvenue" et "prématurée", a renchéri Jean-Christophe Cambadélis, proche de Dominique Strauss-Kahn.

Une analyse qui rejoint celle de l'Appel pour que le PS se mette au travail, rédigé, entre autres, par l'ancien premier ministre Michel Rocard, Pierre Larrouturou et quatorze parlementaires. "La droite espère que 2008 sera pour la gauche une nouvelle année de divisions et de déchirements", écrivent les signataires en soulignant que "la situation risque d'empirer après les municipales de mars 2008, avec la préparation d'un congrès qui risque d'être un nouveau congrès de Rennes, un congrès de déchirements personnels bien plus qu'un temps de reconstruction intellectuelle".

Le Congrès de Rennes, c'est la hantise de tous les socialistes, en référence au congrès de 1990 où les éléphants du parti (Lionel Jospin, Laurent Fabius, Michel Rocard) s'étaient affrontés dans un combat relevant plus du choc des ambitions personnelles que de la confrontation idéologique. Ségolène Royal a toutefois posé ses conditions à sa candidature au poste de premier secrétaire : "avoir la capacité de faire une offre politique" et de "rassembler les socialistes autour de cette offre politique". C'est donc sur le terrain des idées qu'elle entend se placer. Plus question pour elle d'accepter de porter, comme elle l'avait fait durant la campagne présidentielle, des propositions auxquelles elle ne croit pas mais qui figureraient dans le programme de son parti.

Si Ségolène Royal parvient à conquérir le PS en maintenant le cap défini durant sa dernière campagne présidentielle, avec une ouverture vers le centre et la volonté de briser les tabous idéologiques de la gauche (ordre, autorité, Nation, économie de marché...), ce serait la première fois que le PS serait pris par sa droite. C'était sur une position médiane, entre son aile droite (Pierre Renaudel) et son aile gauche (Jean Zyromski), que la SFIO avait été tenue par Léon Blum et Paul Faure dans l'entre-deux-guerres. C'était encore en alternant les alliances avec la gauche (Jean-Pierre Chevènement) et la droite (Pierre Mauroy, Michel Rocard) du parti que François Mitterrand avait dirigé le PS dans les années soixante-dix. Enfin, c'est en ne tranchant pas entre social-libéralisme (Michel Rocard, Dominique Strauss-Kahn) et anti-libéralisme (Jean-Luc Mélenchon, Henri Emmanuelli) que François Hollande s'est maintenu à sa tête.

Reste que le principal rival de Ségolène Royal appartient, lui aussi, à l'aile droite du parti : Bertrand Delanoë. Ce dernier demeure toutefois silencieux sur ses ambitions au sein du parti. Et pour cause. Contrairement à la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes, le maire de Paris a d'ici au congrès du PS un rendez-vous décisif : les élections municipales de mars.

 

Laurent de Boissieu

© La Croix, 04/01/2008

07 novembre 2007

Le PS soutient le traité simplifié européen

d3426c7d879a4fccf180dada047156e2.pngLe bureau national du Parti Socialiste (PS) s'est prononcé, mardi, en faveur du traité simplifié, par 36 voix pour, 20 contre, 2 abstentions et 1 personne ne prenant pas par au vote.

Les lignes à l'intérieur du parti ont légèrement bougé depuis le rejet de la Constitution européenne par le peuple français, en mai 2005. Huit anciens parlementaires "nonistes" du PS, dont Vincent Peillon, ont ainsi signé, lundi, dans Libération, une tribune dans laquelle ils expliquent pourquoi ils voteront "oui au nouveau traité". Pour les signataires, "le texte désormais proposé n'a plus valeur de Constitution" et "n'est plus qu'un classique traité “modificatif” qui amende les traités existants sans s'y substituer". "L'approuver ne signifie donc pas que l'on donne quitus à l’ensemble de la construction européenne, comme y conduisait implicitement l'adoption du traité constitutionnel", écrivent-ils.

Pour les autres anciens "nonistes", au contraire, le traité simplifié reprenant la substance du traité constitutionnel, il n’est pas envisageable de le ratifier. Les adversaires du traité simplifié hésitent cependant entre deux attitudes, sans toujours préciser s'ils parlent de vote lors de la révision constitutionnelle préalable à la ratification ou de vote pour la ratification en elle-même. Les uns, comme Jean-Luc Mélenchon, Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès, entendent bien "voter non". Les autres, derrière Henri Emmanuelli ou Laurent Fabius, ont indiqué, eux, qu'ils ne participeront pas au vote.

Cett dernière solution ne permettrait toutefois pas de trancher le débat à l'origine de la division du PS sur l'Europe : une politique vraiment de gauche est-elle ou non possible dans le cadre de l'actuelle Union européenne ? La question oppose sociaux-libéraux et antilibéraux sur le terrain économique et social, les choix européens divergents au sein du PS n’en étant qu'une conséquence. "Pour certains, nous avons perdu car nous étions trop à gauche, mais pour d’autres, nous ne l'étions pas assez, résume Benoît Hamon* dans une tribune publiée lundi par France Soir. Ce débat n’est pas tranché. Tant que cela ne sera pas le cas, les deux mouvances s’exprimeront publiquement. Et le PS continuera à afficher une ligne peu claire." On ne saurait être plus lucide !

* démissionnaire, mardi, de son poste de secrétaire national du PS chargé du projet européen

27 août 2007

Rentrée politique de Ségolène Royal

40f0256a80fc47456931ad9860dabc9c.jpgQuelques jours avant l'ouverture, vendredi, de l'université d'été du PS, Ségolène Royal a effectué samedi dernier sa rentrée politique, à l'occasion de la Fête de la rose qu'elle a organisée à Melle avec la fédération socialiste des Deux-Sèvres. Dans un discours d'environ une heure et demie, l'ancienne candidate à l'élection présidentielle a présenté sa campagne passée comme une "année formatrice pour les prochaines batailles", admettant que, dans ses propositions, elle avait "parfois improvisé à cause du temps qui était compté".

Aujourd'hui, Ségolène Royal se dit cependant "renforcée par les épreuves et les bonheurs vécus au cours de cette année écoulée", c'est-à-dire depuis sa candidature à la candidature au sein du PS. "Contrairement à ce que je lis ici ou là, je n'ai aucun esprit de rancune, de revanche, aucune amertume, y compris envers ceux dont la chaude affection littéraire m'entoure dans cette rentrée", a-t elle insisté, faisant notamment allusion au livre que publie Marie-Noëlle Lienemann (1).

La présidente du conseil régional de Poitou-Charentes a détaillé devant ses amis les "deux chantiers essentiels" qu'ils n'ont "pas eus le temps de conduire à leur terme et pour lequel il faut reprendre l'ouvrage". Promettant, avec volontarisme : "Ce temps qui nous a manqué, nous allons le prendre. Je vous en fais la promesse. Et nous achèverons le travail."

Premier chantier : les idées. "À la fin de ces campagnes présidentielle et législative, nous avons commencé à inventer le socialisme du XXIe siècle, a affirmé celle qui entend briser à gauche le tabou de l'économie de marché. Est-on pour ou contre le marché ? Question singulière pour un parti qui ne professe plus depuis bien longtemps l'étatisation des moyens de production. Le marché nous est aussi naturel que l'air que l'on respire ou que l'eau que l'on boit. (…) Nous inscrivons bien évidemment notre action dans le cadre des économies de marché et s'il faut l'écrire, écrivons-le une fois pour toutes."

L'ancien ministre se démarque toutefois de la "gentille comptine des théoriciens libéraux", en appelant à une action de l'État et des collectivités locales "chaque fois que c'est nécessaire". Il n'empêche que, dans les valeurs mises en avant ("équilibre des droits et des devoirs, éthique de la responsabilité, efficacité de l'action publique"), elle assume plus les critiques à l'encontre de la gauche de gouvernement de la droite que de la gauche anti libérale.

Cette rénovation idéologique passe notamment pour Ségolène Royal par une dénonciation de "la prolifération des motions qui donnent souvent lieu à des règlements de compte inutilement brutaux suivis de synthèse parfaitement illisibles". L'ancienne candidate a ainsi de nouveau critiqué le projet présidentiel du PS : "Le programme ne doit pas être un programme de tactique interne mais un programme pour convaincre et gagner." En juin, elle avait déjà affirmé que "le smic à 1 500 € bruts dans cinq ans ou la généralisation des 35 heures sont deux idées qui étaient dans le projet des socialistes" qu'elle avait "dû reprendre dans le pacte présidentiel, et qui n'ont pas été du tout crédibles".

Il s'agit donc, second chantier, de faire du PS "un grand parti moderne". Ségolène Royal, qui a déjà annoncé en juin qu'elle présenterait sa propre motion au prochain congrès, a toutefois assuré samedi n'être "en compétition avec personne". Ce qui ne l'a pas empêchée d'appeler "tous les adhérents de Désir d'avenir", ses comités de soutien à la présidentielle créés en marge du parti, "à venir au PS".

Enfin, pour les élections municipales, la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes a rejeté l'idée d'accords locaux à géométrie variable et a plaidé en faveur d'une stratégie nationale d'alliance "cohérente et éclairée". Sans a priori exclure du tour de table le MoDem de François Bayrou, avec lequel elle avait débattu entre les deux tours de la présidentielle. Une ouverture qui irait dans le sens des travaux du collectif Les Gracques, formés par d'anciens collaborateurs des gouvernements de gauche, réuni hier en université d'été à Paris, qui souhaite que le PS s'allie avec le MoDem et non plus avec le PCF.

 

Laurent de Boissieu

© La Croix, 27/08/2007 

(1) Au revoir Royal, de Marie-Noëlle Lienemann et Philippe Cohen, Perrin, 185 p., 13,50 €

15 juin 2007

Les sept questions clés du second tour des législatives

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De quelle ampleur sera la victoire de L'UMP ?
La majorité présidentielle est sereine. D'une part, l'UMP est assurée d'obtenir la majorité absolue des députés. Reste à savoir avec quelle ampleur. Après les législatives de 2002, le groupe UMP, à lui seul, détenait 63,5% des sièges, dépassant les 60% de l'UDR (gaullistes) en 1968 et les 58% du groupe socialiste en 1981. D'après les projections, l'UMP serait en mesure de battre, dimanche, son propre record. D'autre part, le Nouveau Centre est dans la majorité présidentielle et devrait, comme prévu, réussir son pari de succéder à l'UDF au centre droit en formant son propre groupe parlementaire. Sept députés UDF et apparentés sortants ont, en effet, été élus ou réélus au premier tour, dont le nouveau ministre de la défense Hervé Morin. Sur les 15 candidats du Nouveau Centre en lice au second tour, seuls deux semblent dans une situation difficile : Rodolphe Thomas dans la 2e circonscription du Calvados, face à Laurence Dumont (PS), et Bernard Bosson dans la 2e de Haute-Savoie, dans un duel incertain avec un divers droite, Lionel Tardy (UMP dissident).

 

Le PS peut-il surnager dans la vague bleue ?
La défaite est consommée, la déroute peut encore être évitée : voilà le mot d'ordre en vigueur au siège du PS. Certes, bien des personnalités du parti sont en danger : Dominique Strauss-Kahn (Val-d'Oise, 8e), Arnaud Montebourg (Saône-et-Loire 6e), Vincent Peillon (Somme, 3e), Julien Dray (Essonne, 10e), Michel Vauzelle (Bouches-du-Rhône, 16e), Jean-Louis Bianco (Alpes-de-Haute-Provence, 1re) ou encore Patrick Mennucci (Bouches-du-Rhône, 3e). Mais le PS est loin du scenario catastrophe de 1993, où son groupe parlementaire n'avait réuni que 57 rescapés (moins de 10% des sièges de l'Assemblée nationale). L
e PS espère même prendre quelques circonscriptions à l'UMP ou au Nouveau Centre, celles de Jacques Domergue (qui ne se représentait pas dans la 2e circonscription de l'Hérault), d'Alain Marsaud (Haute-Vienne, 1re), de Jean Lemière (Manche, 5e) ou de Rodolphe Thomas (Calvados, 2e). Au total, le PS espère retrouver un nombre d'élus relativement proche de celui de 2002 (141).

 

François Bayrou peut-il espérer ne pas être le seul député du MoDem ?
Le MoDem n'a pas réussi son pari. Qualifié pour le second tour dans seulement sept circonscriptions, il ne concourra finalement que dans six. L'un de ses candidats, Michel Canévet, s'est en effet retiré dans la 7e circonscription du Finistère. Sur le papier, seul François Bayrou (Pyrénées-Atlantiques, 2e) et Jean-Christophe Lagarde (Seine-Saint-Denis, 5e) sont en ballottage favorable. Ce dernier entretient toutefois l'ambiguïté sur son appartenance ou non à la majorité présidentielle et se présente comme candidat "Bobigny-Drancy". Rien ne dit qu'il ne rejoindra pas, au final, le Nouveau Centre dans la majorité présidentielle. Il en est de même en ce qui concerne le candidat du MoDem suivant le mieux placé : Thierry Benoît, dans la 6e circonscription d'Ille-et-Vilaine, face à l'ancien ministre UMP Marie-Thérèse Boisseau. Le conseiller général du canton de Fougères-Sud a appelé à voter pour Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle et l'étiquette MoDem n'apparaît pas sur ses documents de campagne. Quant aux deux autres candidats du MoDem confrontés à un UMP, Jean-Marie Cavada (Val-de­-Marne, 1re) et surtout Élisabeth Doineau (Mayenne, 2e), ils auront du mal, même avec le soutien des électeurs de gauche, à rattraper leur retard sur leur rival UMP. Enfin, Jean Lassalle (Pyrénées-Atlantiques, 4e) joue son va-tout dans une triangulaire incertaine avec l'UMP et le PS.

 

Le PCF peut-il limiter ses pertes ?
Sauf surprise, le PCF ne disposera plus d'un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale. Il y a cinq ans, le parti n'avait fait élire que 20 députés (le minimum pour avoir un groupe), auxquels s'étaient ajoutés deux divers gauche: le communiste "rénovateur" Jean-Pierre Brard et l'ancien «chevènementiste» Jacques Desallangre. Il faut remonter à 1958 pour trouver un précédent, les dix députés communistes ayant été contraints de siéger parmi les non-inscrits. En 1988, la gauche avait toutefois été obligée de diminuer de 30 à 20 le nombre de députés nécessaires pour constituer un groupe afin de permettre au PCF de conserver le sien. La perte de son groupe à l'Assemblée nationale constituerait une étape de plus dans le déclin électoral du parti créé en 1920, des 15,35% de Georges Marchais à la présidentielle de 1981 aux 1,93% de Marie-George Buffet cette année. Sur les 23 candidats PCF (dont un dissident : Maxime Gremetz) en lice pour le second tour, à peine une quinzaine sont en position d'être élus ou réélus dimanche, dont la secrétaire nationale Marie-George Buffet (Seine-Saint-Denis, 4e).

 

Les ténors des petits partis de gauche peuvent-ils être élus ?
Avec neuf députés sortants, le PRG est le troisième parti de gauche dans l'Assemblée nationale sortante. Parmi ses 19 membres en lice pour le second tour, seule la députée sortante Christiane Taubira (Guyane, 1re) est en ballottage favorable. À l'inverse, les anciens ministres François Huwart (Eure-et-Loir, 3e) et Émile Zuccarelli (Haute­-Corse, 1re), figure emblématique du parti, sont en ballottage défavorable. Tandis que l'issue du scrutin est incertaine pour cinq de leurs collègues. Le PRG rêve toutefois de réussir l'exploit de battre deux députés UMP sortants, Michel Roumegoux avec Dominique Orliac (Lot, 1re) et Jacques Briat avec Sylvie Pinel (Tarn-et-Garonne, 2e). La clé du scrutin appartiendra généralement aux électeurs centristes du MoDem, qui pourraient logiquement préférer le PRG, positionné au centre gauche, à l'UMP. Autre allié du PS, Les Verts n'ont plus que quatre candidats en lice, dont trois sortants. Si Noël Mamère (Gironde, 3e) est en ballottage favorable, Yves Cochet (Paris, 11e) et surtout Martine Billard (Paris, 1re) sont dans une situation incertaine. Enfin, le MRC devrait retrouver le chemin de l'Assemblée nationale, non pas grâce à Jean-Pierre Chevènement (Territoire-de-Belfort, 2e), en ballottage défavorable, mais avec le gaulliste de gauche Christian Hutin (Nord, 12e).

 

Marine Le Pen peut-elle sauver l'honneur du FN ?
La nouvelle droite de Nicolas Sarkozy a siphonné l'électorat FN à la présidentielle et aux législatives. En 1993, le parti d'extrême droite avait aligné 100 candidats au second tour. Chiffre qui atteindra 132 en 1997, avant de chuter à 37 en 2002. Cette année, seule Marine Le Pen, dans la 14e circonscription du Pas-de-­Calais, s'est qualifiée avec 24,47% des suffrages exprimés. Excepté celui du MNR (0,51%), tous les candidats du premier tour ont appelé à voter au second pour le député PS sortant, Albert Facon. Si la fille de Jean-Marie Le Pen a donc peu de chance d'être élue dimanche, elle a déjà remporté une victoire personnelle, qui la place en position de force pour la succession de son père à la tête du parti. Mais aussi, localement, pour les élections municipales à Hénin-Beaumont, première ville de la circonscription, où elle est arrivée en tête avec 33,4%.

 

Pourquoi une seule triangulaire ?
Le nombre de triangulaires n'aura jamais été aussi faible depuis 1988. Sur 12 triangulaires possibles, une seule se déroulera effectivement dimanche, dans la 4e circonscription des Pyrénées-Atlantiques entre UMP (Hervé Lucbereilh, 31,36%), MoDem (Jean Lassalle, 29,54%) et PS (Jean-Pierre Domecq, 19,86%). Ailleurs, le moins bien placé à droite et à gauche s'est systématiquement retiré en faveur du mieux placé. Tandis que l'UMP a voulu "tendre la main" au MoDem en retirant son candidat face à François Bayrou (Pyrénées­-Atlantiques, 2e), de toute façon en ballottage favorable. Enfin, le MoDem Michel Canévet s'est également retiré dans la 7e cir­conscription du Finistère, sans donner de consigne de vote. Le fait de retrouver le nombre de triangulaires de 1978 et de 1981 confirme la bipolarisation de la vie politique française, le FN ayant perdu sa capacité de nuisance aux législatives. À titre de comparaison, en 1973 il y avait eu 96 triangulaires. C'était avant que le "centre d'opposition" ne rallie la droite. Une configuration que François Bayrou aurait rêvé de faire renaître.

 

Laurent de Boissieu

© La Croix, 15/06/2007

29 mai 2007

Les sarkozystes "de gauche"

Le centre en France 6/6

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La gauche "moderne et européenne"

 

Enfin, une autre famille de centre gauche est représentée par une myriade de clubs, souvent issus des réseaux rocardiens et deloristes, plus ou moins dans la mouvance du PS : À Gauche en Europe (Michel Rocard, Dominique Strauss-Kahn), Gauche moderne (Jean-Marie Bockel), Réunir (Bernard Kouchner), Témoin (Jacques Delors, François Hollande, Jean-Pierre Mignard, Jean-Pierre Jouyet)...

Une famille de centre gauche dont certains membres - Bernard Kouchner (ministre des affaires étrangères et européennes) et Jean-Pierre Jouyet (secrétaire d'État chargé des affaires européennes) - sont passés après le second tour au centre droit sans s'arrêter sur la case Bayrou. Déjà, avant le premier tour, s'était créé un club srakozyste "de gauche" : La Diagonale.

 

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